Jours 3 à 13 – 21 au 31 août 2019 – Îles-de-la-Madeleine – Le kitesurf

Le choix des Îles comme destination reposait surtout sur mon envie de voir la mer, et de mieux connaître mon pays, embrasser son territoire pour le faire vivre en moi solidement. Logiquement, mes premiers thèmes de rubriques devraient être la mer, ou l’identité, ou le pays, ou quelque chose du genre. Pourtant, vous venez de lire le titre, je mets de côté ces thèmes très riches pour, le kiktesurf? Eh oui, je trippe terroir, territoire et contemplation océanique, mais l’attrait du kitesurf est juste trop fort. De plus, j’ai beaucoup de photos de mon pote Yan à mettre en ligne, il sera content d’enfin les voir, alors allons-y avec le kitesurf.

Je me souviens très bien de l’arrivée du kitesurf, du moins dans ma vie, dans les années ’90. Je suivais les péripéties de Laird Hamilton en surf, alors quand il a commencé à s’amuser avec ça, j’ai écarquillé les yeux, et je me rappelle aussi d’un article à la même époque au sujet d’une gang du Bas-du-Fleuve je crois, qui en faisait avec des skis sur la glace.

Nous vivions à la campagne au début des années 2000, et derrière chez-nous il y avait un champ. Scène de mon ex-vie conjugale, jour d’hiver ensoleillé. De la cuisine, café à la mains, nous contemplons le champs enneigé (imaginez du Bergman, mais le gars a un léger accent sorelois et Liv vient de Sherbrooke):

« On a le spot parfait pour ça. C’est cher à l’achat, mais les kids pourraient apprendre avec nous. »

« Ça l’air un peu dangereux pour les kids non? Me semble qu’ils partiraient au vent! »

« On irait mollo, avec prudence… Check, je pense qu’avec un tremplin de neige là-bas (pointe nonchalamment le bout du champ), avec un bon vent, on pourrait facilement partir de la cour, se donner de la vitesse, sauter par-dessus les fils électriques et le chemin du Chenal-du-Moine pour aller en faire dans le gros champs de l’autre côté. »

La grosse bine sur l’épaule cause des vagues dans le café, « Maudit épas! »

(J’aurais jamais fait ça. Mais je pense encore que c’est faisable.)

À la même époque, je me souviens avoir vu l’ami Alain avec son kite au parc Maisouna. Gros trippeux de planche à voile, il ne touchait plus à sa planche depuis qu’il avait goûté au kite. Il avait des étoiles dans les yeux en nous racontant son dernier séjour aux Îles-de-la-Madeleine, « Le paradis mon vieux! ».

Puis la vie mon vieux, pleine de belles choses et de beaux sports, mais jamais de kite. Les années passent et je me retrouve aux Îles en 2019, et quelques heures après y être débarqué, je suis entouré de voiles, de planches, de sourires dans le vent.

Je pensais que ce vieux projet de faire du kite était mort, mais le contact de l’eau, du vent et de la bonne humeur générale au bord de la lagune ont démontré que le projet était juste en dormance. Les quelques hésitations de la raison (« t’es un peu vieux pour commencer ça el’gros » « Pense à ton REER pour une fois »), m’ont fait pensé à cette illustration de Michelle Rial, vu sur FB quelques jours avant mes vacances:

J’avance l’idée, du bout des lèvres, que je pourrais m’initier cette semaine, tant qu’à être dans un des plus beaux spots au monde pour le faire, tout de suite Yan me réfère une prof, Anouk, que je contacte après quelques jours d’hésitation. Je me déniaise1, et finalement, au tendre âge de 51 ans, après 20 ans de niaisage, je m’initie au kite. Fuck le REER (encore).

La séance de 3 heures a lieu le 29, à 3 jours de mon départ des Îles donc, j’ai failli manquer ma shot! Pour cette initiation, pas de planche aux pieds, on apprend à manier la voile, et c’est déjà un coup de foudre sportif. Juste d’être là, dans la lagune, au vent, un gros cerf-volant au-dessus de ma tête, juste ça me remplit de joie. Le bruit de la voile qui claque au vent me ramène dans le champs de Saint-Ignace, où enfant je passais des heures à faire voler mon cerf-volant.

Après avoir appris les rudiments du cerf-volant, j’applique mes nouvelles techniques en me promenant dans la lagune à plat ventre, tiré par la voile. Je jubile. Après 3 heures ma coach semble sincère en me disant que ça s’est bien passé, et que je suis prêt pour la prochaine étape, apprendre à rider sur la planche. Je refais mon agenda de vacances en vitesse dans ma tête: nous sommes jeudi, je pars samedi soir, il reste demain et samedi pour une autre leçon. Pendant qu’Anouk repart avec la prochaine cliente, je dis à son partner Guillaume que je veux reprendre une autre leçon avant de partir. « Cool! On se texte pour gérer ça! »

Le lendemain les vents sont trop forts pour les débutants, Anouk et Guillaume me textent pour prendre de mes nouvelles, je confirme que je veux leur spot de samedi PM, de 4 à 6. Ils sont très enthousiastes de constater ma motivation à faire du kite juste avant de partir. « Tu sais que tu dois être sur le quai une heure avant l’embarquement?! » On voit qu’ils ne me connaissent pas, nous sommes à 20 minutes de moto du quai, en finissant à 18h00, j’ai le temps EN MASSE de me rendre pour 19h00. Tel que partagé avec mes amis FB, maintenant que je l’ai testé, je sais que j’ai du lousse pour la prochaine fois:

Cette deuxième leçon est encore plus magique. Au dire d’Anouk, la journée a été magnifique, depuis si tôt le matin, qu’à mon arrivée à 16h00 la lagune commençait à se vider. La foule a tellement ridé intensément et longtemps, que tout le monde est brûlé, et avec l’appel de la bière du samedi soir les kiteux repartent tôt, le sourire aux lèvres. J’aurai droit à un spot presque désert.

Tel que prédit, on commence tout de suite avec les notions pour monter sur la planche. Anouk est une super coach, même si elle doit être brûlée de sa semaine et sa très longue journée, elle a une attitude exemplaire, toujours positive, de bonne humeur, vraiment une prof idéale. Je garde de super souvenirs de nos discussions, pas toujours liées au kite d’ailleurs. « Ce qui se dit dans la lagune reste dans la lagune », qu’elle dit, enfin bref, je lui donne la permission de dévoiler nos discussions, mais juste dans la lagune, vous n’avez qu’à l’engager.

Avec ma prof, une couple d’heures avant mon départ des Îles.
photo: Guillaume Stouder, tiré du site web d’Annhooked Kite

À un moment donné, comme la voile est un peu trop petite pour mon poids (b’en oui) Anouk pique une ride vers le bord de l’eau pour aller changer de voile. Pendant son absence je marche de longue minutes vers le large, pour être mieux placé à son retour pour prendre le vent vers le bord. La lumière est hallucinante, dorée, paradisiaque. Je marche jusqu’à avoir de l’eau à la poitrine, avec mon wetsuit je suis en apesanteur au paradis. Je vis un moment parfait.

Avec plus de torque, mon gros derrière sors de l’eau la gang! Bon, je ne suis pas parti en fou, c’est pas Hollywood icitte, mais j’y étais presque. Encore une heure ou deux à travailler pour gérer la transition entre la sortie de l’eau, droit devant, et rider sur le côté, j’y suis presque.

Comme ma soeur a récemment acheté une maison à l’adresse exacte où je planifiais mon saut pan-Chenal-du-Moine il y a presque vingt ans, je crois qu’en la visitant à Noël je vais calculer les angles requis pour un tremplin efficace. Ken Carter, Rhugob, même combat.

D’ici là, voici des photos de Yan et sa gang, le jour de mon arrivée:

Notes:

1. Imaginez-vous donc que j’ai eu le bonheur de voir le mot « déniaiseur » dans À la Recherche du temps perdu cette semaine. Dans La Fugitive (p.614, éd. de la Pléiade 1954)(a). En plus, le mot y a exactement le même sens qu’on lui donnait sur la rue Dupré vers 1979 (« Ark! yé PDND! Pas déniaisé, non déniaisable! »). Combray, Sorel, même combat.

(a). B’en oui, je pioche dans Proust depuis un bon 3 ans, par bourrées, et bizarrement je suis toujours un peu gêné de citer mon Proust. Pourtant, c’est génial pour vrai ce petit livre! Ça ne me ressemble pas, me soucier de ce que les gens pensent, mais je vois bien que c’est plein de monde qui trouve que ça fait snob, même parmi les snobs. Anyway, fuck that, je l’aime mon Marcel.

Si vous cherchez « déniaiseur », allez à l’antépénultième ligne (je lis Proust moi criss, ça donne du vocabulaire, deal with it).

 

2 réflexions sur “Jours 3 à 13 – 21 au 31 août 2019 – Îles-de-la-Madeleine – Le kitesurf

  1. Je tombe là dessus par hasard, en sachant pas que c’est toi! Je me dis: awaye don une histoire de kiteux avant d’aller me coucher et boom! Cette histoire qui me remémore de belles heures passé à regarder ton sourire d’enfant illuminé ton visage… Beaux moments! Contente d’avoir fait partie de ton périple et de cette étape dans ta vie:)

    Pi je peux te le dire que j’en ai vu du monde, j’en ai donné des cours de kite… J’avais jamais donné un cours à un gars qui partait des îles une heure après le cours!

    A une prochaine sur l’eau peut être 🤙🏻

    Aimé par 1 personne

  2. Allo Anouk! Quels beaux souvenirs, oui! Je compte bien m’y remettre en 2020.

    Pis je recommande à tout le monde de prendre le bateau avec les cheveux encore mouillés de la lagune, je pense que ça aide à la transition vers le continent 😉

    J’aime

Laisser un commentaire