Une amie Instagram qui aime beaucoup mon projet #everysinglestreet (coucou Stéphanie!) me posait plein de questions à ce sujet récemment. Je lui avais promis, il y a quelques mois déjà, de lui envoyer les liens vers les outils que j’utilise et les origines de ce projet. Comme il y a un bail que je n’ai pas écrit ici, et que je voulais depuis le début de ce projet y déposer ces notes (et d’autres photos), je saisis l’occasion pour sortir de ma torpeur de blogueur. Voici donc #everysinglestreetmontreal: qu’est-ce ça mange en hiver?
Origines de Every Single Street
#everysinglestreet est devenu le signe de ralliement d’une communauté internationale de coureurs, mouvement inspiré par un coureur américain. Commençons avec ce monsieur, je vous présente donc Rickey Gates. L’an passé je suis tombé sur un article du magazine Outside1, Rickey Gates is the rambling poet of the running world. Déjà le titre me parlait, et en plus il a une bouille éminemment sympathique (qui me rappelle mon frère Olivier en plus). En lisant l’article je suis tombé en amour avec cet athlète original. On y trouvait une référence à un autre article sur Gates: Rickey Gates Is Running Every Street in San Francisco, et en lisant ÇA! Oh oui, il y a eu la grosse lumière au-dessus de ma tête: ça! Je veux faire ça! Dans ma belle Montréal!
Dès lors devenu un fan de Rickey Gates, j’ai trouvé cette belle vidéo de son projet:
Si les distances quotidiennes n’ont rien à voir avec mes capacités, ses descriptions de la préparation de ses itinéraires, et comment il vit l’expérience de « vivre » pleinement les quartiers visités, ces détails recoupent tout à fait mon expérience, et mon plaisir. Car vous le savez déjà, je me suis mis de la partie, et j’ai commencé à organiser toutes mes sorties de courses avec comme objectif de couvrir chaque rue de ma ville.
À mesure que je remplissais ma carte, je découvrais quelques adeptes d’un peu partout dans le monde, et j’adore suivre leurs expériences (coucou Louikini!) Au début, pour compiler mes trajets j’utilisais un outil web mis en ligne par un développeur. indépendant, le Strava Multiple Ride Mapper. L’outil fonctionne très bien, mais je suis passé depuis à CityStrides. En plus d’une interface plus développée, on y trouve une grosse communauté de coureurs. Je peux voir sur CityStrides, en ce 17 décembre 2021, que sur 1102 coureurs montréalais je suis en 3ème position avec 13,51% des rues de la ville complétée. Sur la droite de l’image vous voyez les rues couvertes, en mauve. Pas si mal!

Origines d’un amour des cartes
Permettez-moi une petite digression pour vous décrire comment je me sens en voyant sur une carte les traces de mes trajets ainsi accumulées. Ça me ramène très loin dans mon enfance, aux sources de mon amour des livres, des atlas géographiques en particulier.
Je me rappelle précisément d’un soir où mon père m’avait ramené de son travail un gros livre rouge à la couverture rigide. Je devais avoir 6 ou 7 ans, et le livre me semblait magique de par sa taille, et de par son titre: « Atlas du monde ». Ce livre est devenu un portail sur ma planète, portail que je franchissais le plus souvent possible; couché sur mon lit, écrasé sur le divan, à table en mangeant. Le bruit et l’animation d’une famille de quatre jeunes enfants disparaissaient quand je voyageais dans les pages de mon Atlas. Je me rappelle la carte des courants océaniques sur grosse mappemonde, sur une page double. Mes petits doigts (je sais, c’est impensable, mes doigts ont été petits, jadis) traçaient ces lignes de courants pendant des heures. Je m’imaginais sur un gros radeau océanique que je me construirais pour m’aventurer sur les océans en vrai, question d’aller voir de mes yeux la Mer des Sargasses, pleines d’algues géantes et grouillante d’anguilles, en direction des caps Horn et de Bonne-Espérance.
En grandissant je continuais de tripper atlas géographiques tout en traçant mille trajets et projets sur de bonnes vieilles cartes routières en papier des années pré-MapQuest. J’ai entre autres passé des heures avec un ami et un de mes frères à tracer sur papier les contours d’un périple sud américain qui nous mènera, en pensées d’abord, puis sur le terrain en 1991, jusqu’à Ushuaia, à quelques encablures du fameux cap Horn dont je rêvais enfant.
Aujourd’hui, même si nous avons toutes ces cartes dans notre téléphone, ça ne m’empêche pas de garder mes cartes en papier et atlas, mes bons vieux amis analogues.
Origines d’un amour des trajets courus
Au tournant des années 2000, j’ai retrouvé la course à pied (que j’avais pratiqué ado dans le boom de la course sur route des années 80). Graduellement, j’en vins à courir des distances de plus en plus longues, vers un premier marathon en 2009. Je vivais alors à Sainte-Anne-de-Sorel, puis à Sorel-Tracy. Je profitais de longues routes au bord du fleuve, jusqu’au coeur des Îles de Sorel ou vers Contrecoeur, ainsi qu’en bordure de la rivière Richelieu, des élévateurs à grain du Vieux Sorel aux routes de campagne de Saint-Roch-sur-Richelieu.
Quand je repassais en voiture sur le parcours d’un 30km couru quelques jours plus tôt, je me sentais comme un empereur victorieux d’une bataille récente qui jouit de sa nouvelle conquête territoriale. Quand j’ai couru une route, elle devient une partie de mon territoire. Non seulement l’effort requis pour la conquérir me donne ces droits, mais l’activité de courir une route, une rue, un chemin, nous les fait connaître intimement. Nous y emmagasinons des souvenirs par presque tous les sens. Nous couvrons littéralement chaque centimètre à hauteur d’humain, chaque butte, faux-plat ou dépression; chaque courbe, intersection, trottoir ou terre-plein; toutes les adresses de maisons, entrepôts, garages, parcs ou terrains de golf; le trait tracé sur Google map ou CityStride renvoie, pixel par pixel, à une parcelle de territoire foulé, pas à pas.
D’où la fierté bien assumée, quand je dis à quiconque se trouve avec moi (ou à moi-même quand je suis seul, j’avoue) roulant en voiture sur ces routes et dans des quartier entiers de Montréal: « TOUT couru ça moi! »
P’tit train va loin
J’en suis donc à 13,51% des rues de Montréal, soit 655 rues complétées sur les 4783 répertoriées sur CityStrides. Les derniers mois ont été couci-couça côté entraînement, alors ça monte très lentement, mais c’est ok, ce n’est pas une course, p’tit train costaud va loin. Comme la saison bixi vient de terminer, ma mobilité est réduite, d’autant que pour grapiller de nouvelles rues je dois maintenant débuter mes trajets à environ 10km de mon domicile, because j’ai écumé toutes les rues et ruelles autour de chez moi. J’espère que l’horizon 2022 ramènera un marathon sous mes semelles, si c’est le cas, les km recommenceront à grimper, de Pointe-aux-Trembles à Pierrefond.



Outils incontournables
- Garmin Forerunner 245: ou tout autre bidule gps qui trace un trajet de course.
- iPhone: ou tout autre bidule qui prend des photos (et peut composer 911).
- CityStrides: ou Ride Mapper, voir la carte se remplir est si satisfaisant.
- Bixi: tu peux évidemment t’en passer, mais c’est si pratique! Électrique surtout, ça file à l’autre bout de la ville et permet des trajets de courses unidirectionnnels qui couvrent efficacement des bouts de quartiers.
- Vélo, métro, bus: sans bixi, on peut aussi éviter de prendre le pickup pour aller faire quelques kilomètres de course dans Cartierville.
- Instagram: pour partager mes photos, #everysinglestreetmontreal.












1. Outside, vénérable publication s’il en est une; si tu y étais abonné dans les années ’90 comme moi je l’étais, tu y aurais lu les articles qui donneront naissance entre autres aux livres culte « The Perfect Storm » et « Into thin air »↩