Jour 1, Montréal-Québec, 4 août 2017

Dur à croire que je pars aujourd’hui. Les dernières semaines ont été particulièrement prenantes. Beaucoup de temps supplémentaire au boulot, ce qui m’a empêché de m’entraîner; j’ai un marathon prévu en octobre et je joue avec le feu en sautant deux semaines d’entraînement comme je viens de le faire. Je sais pour l’avoir expérimenté dans la passé (dans la douleur, dans le passé).

Par contre, en ce vendredi 4 août, mon manque de préparation pour mon échéance sportive d’octobre est moins stressante que mon manque de préparation pour cette semaine. Mon échéance du jour, c’est un voyage de moto au Labrador, un des voyages de moto les plus réputés/craints au monde, exigeant pour la moto et pour le motard.

J’ai entré la moto au garage hier seulement pour les derniers préparatifs: nouvelle chaîne/pignons, changement d’huile, nouveau filtre à air, lubrification et ajustement du câble de changement de vitesse (câble qui deviendra un personnage principal de l’épisode « Jour 8 »), pose de poignées chauffantes et protège-mains, et surtout pose de beaux gros pneus neufs.

Mais je dois encore travailler quelques heures aujourd’hui avant d’aller chercher la moto. Tout est prêt, sauf que le mécano n’a pas eu le temps de vérifier le manque de puissance de mon moteur. Je n’arrive pas à pousser la moto plus vite que 105-110 km/heure, et si c’est cool pour mes balades en ville, ou pour aller voir mon père à Sorel, c’est un peu plus dérangeant sur un voyage où on fera régulièrement plus de 500km par jour, avec de solides côtes en plus. De plus, ça laisse planer un doute sur l’état général de la machine… Mais bon, pas eu le temps de creuser pour trouver la cause. Qui vivra verra, verrat! La moto démarre bien, roule bien, mais pas vite. Mon partner de route, François, est indulgent, il partage mon inquiétude, mais c’est un gars cool, il adaptera son rythme au mien, même s’il a l’habitude de rouler plus vite, et que ça lui coûtera des journées pas mal plus longues. Je vais vous parler de François bientôt, mais en début d’après-midi en ce vendredi ensoleillé je suis seul, sans moto et les bagages ne sont pas faits.

Achats de dernière minute, soleil fuyant et départ tardif

Je boucle donc mes derniers appels et courriels de job avant midi, après être allé chercher la moto. Premier feeling: oooouh! ça va bien cette veille moto! La nouvelle chaîne et les pneus neufs font une différence! Je piaffe, je veux partir! Je dois finir mes bagages… mais avant ça, je me paie une virée au centre-ville pour reprendre ma carte CAA, on n’est jamais trop prudents.

Puis, direction Mountain Equipement Coop (MEC) pour aller voir leurs balises satellite, pour un achat luxueux de dernière minute. Là où je vais rouler, des centaines de kilomètres seront hors-réseau. François a une balise Spot, qui peut envoyer des messages préconçus pour prévenir nos proches par courriel que nous sommes toujours vivants, et en cas de mort imminente, il y a un beau gros bouton SOS qui peut envoyer un signal de détresse en indiquant notre position et qui met en branle une opération de sauvetage. J’avais décidé de ne pas dépenser pour ça puisque François en avait une, mais il reste toujours le risque que nous soyons séparés, surtout en cas d’urgence. Imaginons par exemple que je perde contrôle et que je me retrouve coincé tout seul entre une roche, un ours et un caribou, les jambes cassés, un loup sous moi et des mouches noires dans le nez. Une balise d’urgence à moi pourrait être utile.

J’avais décidé d’être sage financièrement, mais je les avais magasinés sur le web ces beaux bidules, me disant que ça rassurerait beaucoup ma blonde pour mes futures rides en solo, et me disant aussi (vous savez comme on peut être convaincant avec soi-même pour acheter des beaux bidules) que je pourrais la laisser à mes enfants si ils voulaient prendre la route ou le bois dans des véhicules plus ou moins sécuritaires.

J’avais décidé ça, mais juste avant mon départ je fais un peu de ménage dans mes finances personnelles et je réalise qu’il y a plus d’argent que prévu dans mon compte opération. Ma paie, normalement stable, est plus élevée que prévue. Belle surprise, mais d’où sortent ces pesos mystères?

Les semaines avant mon départ, je vous l’expliquais d’entrée de jeu, j’ai fait beaucoup d’heures supplémentaires. Vraiment beaucoup. Mes heures supp sont normalement payées en temps, en heures de vacances. Par contre, j’en ai tellement fait beaucoup récemment, que j’ai atteint le seuil maximum dans la banque d’heures, et automatiquement elles m’ont été payées en bidoux-pesos sonnant.

Donc, je passe au MEC avant de partir et je me gâte avec une balise Garmin, gracieuseté de mes nuits blanches à jouer dans des fichiers excel pour Québec Inc.

Alors que l’avant-midi ensoleillé fait place à un après-midi qui se couvre, je finalise enfin mes bagages, et j’enfourche la vieille KLR pour aller embrasser ma douce et son fiston. Il est déjà presque 18 h 00. Rouler à la noirceur sur l’autoroute 20 n’est pas si pire, rouler sous la pluie avec mon bel imper neuf me va, mais rouler à la noirceur sous la pluie ne m’enchante pas, et c’est ce qui me pend au bout du nez avec l’heure qui file et les nuages qui s’accumulent.

Rue Drolet sur le Plateau, ma blonde et Alexandre m’embrassent, je demande à Alexandre de choisir un endroit pour coller mes premiers collants-souvenirs, à l’effigie de Montréal/Impact pour marquer le départ, et c’est parti!

30 minutes de route: première pause

J’avais rassuré Anne: « Je ne roulerai quand même pas dans les orages! » Vingt minutes après mon départ, éclairs et nuages noirs me bloque le passage à la hauteur du Mont Saint-Hilaire. Misère. J’arrête à Sainte-Julie pour souper en espérant que le nuage passe son chemin. La journée tire à sa fin et je suis toujours dans le 450…

Je mange en vitesse et effectivement l’orage se tasse un peu au sud, il pleut légèrement mais ça va, j’enfile l’imper et je re-roule vers Québec. Je réussis pendant plus de 150 km à éviter la grosse pluie, mais il semble que je suis l’orage plutôt que de le fuir, et en effet à la hauteur de Laurier-Station, il fait noir, il pleut un peu et la route est très mouillée: je ne vois rien.

Je vois une affiche annonçant un motel à la sortie de Laurier-Station. Je décide d’y arrêter. Cependant, le motel en question doit être tout petit et mal éclairé, car après une couple de kilomètres je me retrouve en pleine campagne, sans motel en vue. Mais  sur cette route déserte (la 271 direction Sainte-Croix) la visibilité est parfaite, il ne pleut plus, je décide de me rendre à la 132 pour finir le trajet en toute tranquillité, dans la noirceur, mais sans pluie. Ça sent bon les champs mouillés, les éclairs allument le ciel au loin, je devine le fleuve sur ma gauche.

Finalement, vers 22h00, j’y suis, enfin presque… à moins de 2 km de chez ma tante, je roule pépère, visière relevée quand ma joue est fouettée violemment par ce que je crois d’abord être un caillou. C’est en fait la première goutte d’eau (une grosse goutte) d’une averse torrentielle. J’arrive à destination sous un rideau d’eau. En 3 minutes je me retrouve trempé comme si j’avais traversé le fleuve par le fond.

Heureusement je suis reçu chez ma bonne tante Céline et mon oncle Guy. J’y suis reçu comme d’habitude: comme un prince. Mon lit douillet m’attend, ma tante m’aide à étendre mes habits qui dégoulinent. Jour 1 terminé, avec tous ces zigonnages, Montréal-Québec en 270 km. Plus tard que voulu, plus mouillé que souhaité, plus fatigué que prévu, mais je suis sur la route.

Je dois dormir, je suis inscrit à la course le tour de l’Isle-aux-Coudres qui a lieu demain matin.

PS

Je manque de photos pour cette portion. je vais apprendre à éditer mes clips GoPro et vous mettrai de vidéos un moment donné, bientôt. En attendant imaginez la 20 entre Montréal-Québec par temps gris pour l’image de ce jour 1.

2 réflexions sur “Jour 1, Montréal-Québec, 4 août 2017

Répondre à Julie Annuler la réponse.