Après un souper de cochon hier soir (la fameuse pizza aux fruits de mer de Chez Julie), je me suis couché pas trop tard. Au lit je pense beaucoup à Pascal. J’ai vu passé sur l’écran de mon téléphone, l’affreuse nouvelle de la mort de Pascal, un ami de Sorel. On s’était perdus de vue à l’âge adulte, mais Pascal a fait parti de mon cercle d’amis à la fin de l’adolescence, début de l’âge adulte, et on sait que l’intensité des liens sociaux de cette époque de notre vie gardent pour toujours une importance dans nos souvenirs. Pascal était un chic type, drôle, brillant, il était aussi un motocycliste d’expérience qui est mort dans un accident de moto sur une route qu’il connaissait bien, pendant que je suis sur le chemin du retour de mon premier gros périple à moto. En roulant à moto, à moins d’être naïf ou inconscient, on accepte une part de risque accru par rapport à prendre la route en voiture. Le décès à moto d’un gars que je connaissais, plus la nouvelle que la même journée une motocycliste s’est tuée sur la 138 à la hauteur de Petite-Rivière-Saint-François, endroit où je passerai demain, ces deux nouvelles frappent. Je suis un conducteur très prudent, mais je dois dire que sous la couette, je me parle: « focus le gros, focus… » (je sais, mon discours intérieur utilise trop d’anglicisme, c’est comme ça). Avec les immenses distances quotidiennes, roulées dans des paysages grandioses, il est facile de perdre l’attention, et à moto le manque d’attention peut tuer en un clignement d’oeil. Surtout qu’après ces centaines de kilomètres roulés dans des conditions super difficiles, qui demandaient une attention de tous les instants, depuis que j’ai retrouvé l’asphalte, j’ai tendance à tomber en mode pantouflard, no garnotte, no stress.
Focus le gros, focus. Je me réveille très tôt en pensant à ces mots. Le soleil n’est pas encore levé, je sors en silence et saute sur la moto pour une petite tournée matinale en solo.

Havre-Saint-Pierre qui s’éveille en août c’est très beau.





Après un petit déjeuner en famille c’est le temps de se dire au revoir. Sans trop de cérémonie c’est ici que François et moi on redevient solistes. Je filerai directement vers Les Escoumins pour une dernière nuit sur la route, François quant à lui fera une couple d’entrevue additionnelles avant de retourner à Trois-Rivières. Gros câlins de la famille, On The Road Again.

Havre-Saint-Pierre/Les Escoumins, c’est 620 km de bonheur, la mer ensoleillée sur l’épaule gauche, le sourire étampé, encore, dans ma grosse face squeezée dans le casque. Je suis soufflé par la beauté de la Côte-Nord. On la voit en photo, on en entend parler, mais de la voir offerte à tous nos sens, c’est un paysage… d’une puissance mes amis. J’ai beaucoup roulé, et j’ai peu pris de photos faudra se fier à ma parole, ou mieux encore, vous planifier un road trip par là, ça presse. L’Europe, NY, l’Ouest, la Thaïlande, la Gaspésie et le Maine, bien sûr, oui oui, c’est à voir; mais rouler, à moto ou en char, sur les routes de la Côte-Nord, ça devrait être un voyage régulier à mettre sur votre liste.
Rivière-au-Tonnerre par exemple, ce nom magnifique fait miroiter un lieu pas banal quant à moi. Eh bien, c’est encore plus impressionnant à voir que ce à quoi je m’attendais. Des dizaines et des dizaines de kilomètres, des centaines de kilomètres de côte, de plages, de pics et de criques qui mériteraient qu’on s’arrête pour y passer l’été. La plage de Rivière-au-Tonnerre, je me verrais très bien y passer quelques mois.

De Rivière-au-Tonnerre, en arrivant à Sept-Îles c’est probablement le point d’orgue, avec de longues montées éblouies par les reflets du soleil sur la mer, de longues courbes au creux des sapins, les scintillements de milles rivières et lacs.
Je lunch dans un fast-food de Sept-Îles. Malgré que je sois à 900 km de la maison, j’ai l’impression « d’arriver ». C’est ici que ma panne de clignotant commence à me déranger un peu plus. Il y a plus de traffic à Sept-Îles qu’à Rivière-aux-Graines, faut que je fasse réparer ça avant de traverser Québec demain. Je pense à ce garage Kawasaki que je vois depuis des années chaque fois que je vais skier à Sainte-Anne ou au Massif. Mon ami google me donne son numéro de téléphone, et après une courte explication de mon problème, j’ai un gentil mécano qui accepte de regarder ma moto entre deux rendez-vous demain. L’aventure avec un iPhone, c’est presque trop facile.
Je reprends la route le coeur léger. Je me répète mon nouveau mantra régulièrement depuis ce matin, « focus le gros, focus ». Le fait d’écrire ces mots ici, 15 mois plus tard me permet de vous dire que ce mantra est resté, lors de toutes mes sorties à moto, mais aussi, bien protégé au volant d’une auto, je me répète régulièrement ces sages mots pour éviter de tomber dans la lune sur la route.
Tout le reste de la journée se passe ainsi, le sourire aux lèvres, sourire qui s’élargira d’un cran au coin de la 138 et de la 389 à Baie-Comeau. Sans tambour ni trompette, ce passage marque l’accomplissement de la boucle Labrador-Côte-Nord. Il y a une semaine je tournais sur ce coin, vers le Nord. Je traverse l’intersection Est-Ouest, à partir de maintenant je reviens sur mes pas.
J’arrive en début de soirée aux Escoumins, je me trouve une sympathique petite auberge et je me ramasse un snack à l’épicerie. Je ne fais jamais de selfie, mais je fais une exception ce soir pour envoyer une photo à Anne, un souvenir du magnifique peignoir mis à ma disposition pour relaxer après cette longue journée de route. Un selfchest? Un autotorse? Un chestfie? Un selfie de chest, ça a un nom?

Bon matin Hugo,
Quelques lignes pour te remercier pour ce récit du jour 11. Je l’ai lu dans le métro ce matin alors que je voyageais vers le bourreau (bureau dit par ma fille à l’age de 5 ans, intéressant lapsus quand même!) parmi les têtes d’enterrement en ce doux vendredi matin. Ça m’a donné le goût d’un road trip dret-là! À la fuck dat shit, je me casse…
Un jour, un jour on la prendra cette pinte ensemble. J’espère que tu vas bien et comme un vieux sage m’a déjà dit : “journey well!”.
Toujours un plaisir de te lire!
Cheers,
Alexandre McCallum
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Merci! Ça fait plaisir mon vieux! Si j’ai bien compris, tu skies à Jay cette année? Je vous fais signe quand j’irai faire mon tour 🙂
Ciao!
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